La mutualisation comme outil de développement de la RSE dans les PME

Par Frédéric GARANT-LETHEUX

Une étude réalisée par Opcalia et le label Lucie,fin 2015, révélait que si la RSE était pour les PME une priorité bien identifiée, celle-ci était encore peu mise en œuvre en raison de plusieurs freins. En premier lieu, le manque de moyens financiers et de ressources humaines. En seconde lieu, la difficulté à accéder à l’information notamment en matière d’aide. Enfin, les trois quarts des personnes interrogées invoquaient aussi le manque de visibilité du retour sur investissement des actions menées, le manque d’intérêt des collaborateurs et le manque d’expertise sur le sujet en interne.

A contrario, de nombreuses études mettent en évidence tout l’intérêt que peuvent avoir les PME à se lancer dans une démarche RSE ou dans la recherche de performance globale, concept proposé dans le rapport Brovelli-Drago[1]*. Ainsi, l’écart de performance entre les entreprises qui introduisent des pratiques RSE et celles qui ne le font pas est en moyenne de 13%, selon France Stratégie.

Au-delà de l’accompagnement que les PME peuvent recevoir de leurs organismes consulaires ou syndicaux qui ne paraît pas suffisant, il semble bien que ce soit « l’isolement » de ces entreprises qu’il est nécessaire de rompre tout en accroissant leurs moyens d’actions. C’est ici qu’apparaissent les notions de réseau, de démarche collective et de mutualisation des moyens et des connaissances.

La démarche du groupe ISO SEM Stationnement est à la fois exemplaire et transposable à la mise en place de démarches RSE « mutualisées ».

Fin 2007, huit entreprises publiques locales intervenant dans la gestion du stationnement urbain ont décidé de mettre en place un système de management de la qualité commun et d’être certifiées conjointement et solidairement ISO 9001.

Trois objectifs guident alors le groupe :

  • Proposer un projet d’entreprise aux équipes
  • Revoir et optimiser leur organisation interne
  • Répondre au mieux aux besoins des collectivités locales délégantes et des autres donneurs
  • Répondre voire anticiper, les attentes des clients usagers.

Le groupe ainsi constitué regroupe des sociétés de tailles et périmètres d’action très différents allant de 25 à 150 salariés. Dans une volonté de souplesse, Il n’a pas de forme juridique particulière mais est régit par une charte d’engagement et de fonctionnement définissant notamment les règles de solidarité face à l’organisme certificateur ainsi que les règles financières de fonctionnement. Ainsi, si une des entreprises est défaillante, la certification peut être remise en cause pour l’ensemble des entités du groupe. L’ensemble repose donc sur une forte confiance entre membre. Les sociétés ont été certifiées en 18 mois après avoir construit en commun l’intégralité du SMQ.

Ce n’est pas tant l’obtention de la certification conjointe par les huit entreprises qui est remarquable. C’est surtout la démarche de mutualisation menée par des sociétés indépendantes, de tailles, de structures et de modes de fonctionnement différents : cette approche, l’une des rares expériences de ce genre en France, est unique en matière de stationnement.

Chaque société a mis « à plat » ses méthodes de travail et les a comparées avec celles des autres, afin de construire un référentiel « qualité » (politique, manuel, processus et procédures, indicateurs, objectifs de progrès…) adoptable par chaque structure. L’organisation du groupe comprend des référents métiers (exploitation des ouvrages, les achats, les ressources humaines…), des auditeurs internes issus de chaque entité pratiquant les audits croisés, des responsables qualité, des pilotes de processus, ainsi qu’un coordinateur qualité à coût partagé.

Cette démarche a aussi incité certains membres à partir en solo sur d’autres certifications. Ainsi, Champagne Parc Auto est la seule entreprise de gestion du stationnement en Europe triplement certifiée : ISO 9001, ISO 14001 et OHSAS 18001.

Poursuivant cette dynamique de partage des connaissances et d’échanges de savoir-faire, les huit sociétés préparent actuellement collectivement la transition de la version 2008 de la norme vers la version 2015.

Même si le chemin emprunté par ses sociétés n’était pas forcément le plus simple, il est plus que probable que sans ce dispositif une partie des membres d’ISO SEM stationnement ne se serait jamais lancée dans l’aventure.

Ne peut-on pas imaginer de démarches similaires dans le domaine de la RSE ?

Groupe ISO SEM Stationnement :

Cénovia (Le Mans), Champagne Parc Auto (Reims), Citédia (Rennes), Parcus (Strasbourg), Rouen Park (Rouen), SEM Ville Renouvelée – Parcogest (Roubaix), Troyes Parc Auto (Troyes), Valenciennes Stationnement (Valenciennes).

[1]  RESPONSABILITÉ ET PERFORMANCE DES ORGANISATIONS – 20 propositions pour renforcer la démarche de responsabilité sociale des entreprises (RSE) – Rapport public au Gouvernement de juin 2013.

 

 

Une réflexion au sujet de « La mutualisation comme outil de développement de la RSE dans les PME »

  1. Merci Frédéric pour ces informations éclairantes et qui vont nous permettre d’affiner et d’étayer nos arguments pour « vendre » la mise en place d’une démarche RSE, y compris dans de petites structures.

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